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Author Topic: Paul-Claude Racamier, L'inceste et l'incestuel.  (Read 11090 times)

Jacques

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Paul-Claude Racamier, L'inceste et l'incestuel.
« on: February 15, 2007, 02:51:02 AM »
Difficile, sauf chez le libraire ou à la B.U. de trouver des oeuvres de Paul Racamier, qui pourtant font date.
Racamier est notamment le créateur de la notion de pervers narcissique.

Voici une note de lecture par Serge Lebovici :
http://blogs.aol.fr/web330891200/lenfantderrirelavitre-linvisible/entries/605


Paul-Claude Racamier, L'inceste et l'incestuel

Éditions du Collège.

Paul-Claude Racamier propose l'étude d'une pathologie nouvelle, celle de l'incestuel qu'il définit à partir d'un climat, qui, dans la vie familiale individuelle et collective, crée l'empreinte de l'inceste, sans qu'en soient nécessairement accomplies les formes génitales.

Dans son style imagé, il montre comment ce travail s'inscrit dans le développement de son oeuvre; il s'agit d'une pathologie que l'on peut mieux cerner, en se référant aux paradoxes de l'antoedipe. La pathologie incestuelle dépasse les conséquences de l'acte incestueux lui-même. La séduction pour la mère et le nourrisson est initiale et devrait conduire à la mise en circuit de l'oedipe. Mais ici chacun des partenaires tente d'exercer sa séduction, pour obtenir une relation exclusive, contre le tiers exclu, ce qui permet de comprendre comment se situe le fonctionnement primaire, tel qu'il fut décrit à partir des idées de Ferenczi.

La persistance indéfinie d'une telle situation définit la pathologie de l'antoedipe, celle qui conduit à la non-séparation de la mère et du bébé par le père, pour permettre à la mère primaire de durer indéfiniment. Il n'y a pas ici de tabou de l'inceste qui ait organisé la castration infligée par le père. La place de chacun dans son sexe et sa génération n'est pas précisée, le Surmoi ne se construit pas, l'objet n'a pas d'autre origine que son investisseur. Il est fétiche et donc inamovible. Il est l'objet des objets et donc interdit de désir : sa valeur narcissique est primordiale. Finalement, l'incestuel échappe à toute tendresse, car le sentiment tendre est l'adversaire typique de l'incestualité.

Ainsi P-C.Racamier va décrire les propriétés de l'incestuel qui sont après tout banales en apparence : jamais solitaire, l'incestuel n'est pas concret, il est toujours agi. L'inceste est par lui constamment mis en avant : il va le montrer, l'étaler et l'exhiber, il dissimule ainsi sa fonction profonde en un inviolable secret. "On vous le montre et vous le voyez sans le voir. Si vous voulez le voir vraiment, on vous le cache et même on se cache, jeu de cache-cache". Ainsi l'incestuel conduit-il à la mort, mais sans deuil de l'objet perdu d'où un noyau hermétique et narcissique. L'auteur ne nous fournira pas d'exemple clinique de cette pathologie dont le registre empiète à la fois sur le domaine de la psychose et celui de la perversion. Il s'agit toujours d'une pathologie familiale caractérisée par des constructions concernant les origines et la transmission des générations. Mais il y a toujours une rupture dans le fil rouge qui devrait nous amener jusqu'à l'originaire, d'où le démantèlement des liens et la constance du clivage. Cette pathologie est caractérisée aussi par la disqualification des fixations auto-érotiques, sur le plan rationnel par les erreurs affirmées du jugement, donc par la confusion entre système primaire et système secondaire de pensée : cette pathologie s'affirme, comme on peut le comprendre, dans le registre de la séduction narcissique.

P-C.Racamier va cependant se référer à l'histoire incestuelle des liens entre Agrippine et Néron : leur histoire presque incestueuse est très incestuelle. Désespérée de voir son fils, Néron, s'écarter d'elle, Aggrippine n'avait qu'un recours, l'offrande incestueuse. Aggripine, à l'heure où Néron paraissait échauffé par le vin et la chair, s'offrit plusieurs fois à lui; elle-même en état d'ivresse, était joyeusement parée et prête à l'inceste. Elle dut payer de sa vie cette invitation qui permit enfin à Néron de la proclamer incestueuse et de se livrer à des relations non moins incestueuses avec une autre femme. P-C.Racamier nous dit être reconnaissant à Aggripine et à Néron, car leur histoire presque incestueuse et très incestuelle est devenue fameuse et éclaire ce qu'il veut nous faire comprendre.

P-C.Racamier va quand même se laisser aller à évoquer une histoire clinique : "la nuit la plus longue". C'est l'histoire d'une femme dont le mari part souvent en voyage. Son père est un homme prestigieux et grand voyageur aussi. Une nuit, elle couche (en rêve?) avec un voyageur, un homme dont elle dira plus tard que c'était son mari ou son père. Mais la même nuit, son mari va rentrer et coucher avec elle. Qui est cet homme du rêve et est-il l'objet de l'inceste? Il n'y a pas d'inceste mais le fantasme incestuel est bien le fantasme d'avoir une grossesse... Enceinte de jumeaux dizygotes, elle pense que l'un des deux enfants est l'enfant du grand-père. Ses jumeaux présentent dès l'enfance des troubles graves, des terreurs nocturnes répétées avec discordance. Un des garçons raconte avoir été assailli par une bête énorme mais avoir réussi à l’étrangler : ce récit convaint la mère qu'un enfant si hardi ne peut être que l'enfant de son père.

En fait, cet enfant est le produit du voeu incestueux de la mère, et présente aussi des accès mélancoliques : il va se tuer. P-C.Racamier conclut ce répertoire par cette observation (mais est-elle clinique?) de la manière suivante : "car c'est bien la puissance du fantasme -et non le fantasme maternel- qui est solution délirante à la génération suivante, telle qu'elle est exposée au long de cette histoire".

Ce livre se termine par des remarques d'un ami qui a lu par derrière son dos ce qu'écrit P-C.Racamier. Il le félicite de n'avoir pas utilisé trop de néologismes... "il a parlé de l'oedipe et de ses territoires, de l'antoedipe et de ses sources, des issues narcissiques. "Ainsi pourrions-nous terminer cette brève note, avec "l'ami" de P-C.Racamier qui nous propose d'aller boire un bon vin psychique, un bon vin... Mais il est temps de se demander à quoi nous conduit cette descrïption du registre de l'incestualité :

    * à jeter sans doute un oeil plus approfondi dans le domaine de la pathologie limite, de même de la perversion et de la psychopathie ;
    * et du bénéfice que trouvent ces sujets à témoigner du malheur d'une famille entière.

Ce domaine incestuel apparaît donc comme très vaste et compliqué de nombreuses affaires "cliniques" que nous ne connaissons qu'à travers des histoires, douloureuses pour le sujet et pour toute sa famille. En tout état de cause de tels sujets échapperaient peut-être à une lourde pathologie qu'il serait de surcroît possible de prédire : ce semble être le cas dans les consultations thérapeutiques réservées à certains bébés que nous recevons avec leurs parents qui semblent co-organiser avec leur enfant ce climat incestuel dont nous avons tenté de laisser ressentir ce que "font ensemble" ces triades mal triangulées.

Que Paul-Claude Racamier soit en tout cas remercié, parce qu'il nous a montré que les cas de ces enfants relèvent plutôt du domaine de l'incestuel que de celui de l'incesté : il peut s'agir là d'une donnée importante pour encore mieux comprendre la nature du traumatisme dont sont victimes de tels enfants dont on dit que Freud a voulu nier qu'ils seraient les victimes d'adultes "abuseurs" et incestueux. C'est peut-être leur existence qui lui a permis d'éviter d'accuser des pères vraiment coupables et d'ainsi respecter les pères de la bourgeoisie viennoise, sans oublier son propre père dont il aurait voulu maintenir intacte la réputation, pourtant douteuse. C'est peut-être aussi ce climat trouble qui fait le succès de ceux qui, aux États-Unis, vont se "consacrer" à faire retrouver à leurs "patients" les souvenirs d'attentats sexuels dont ils auraient été victimes et aussi qui rend si difficile toute évaluation de l'évolution de ces "pervers sexuels" qui se conduisent si bien dans leur prison.

Pr Serge Lebovici

Jacques

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Hommage à Paul-Claude Racamier.
« Reply #1 on: February 15, 2007, 02:52:29 AM »
Hommage à Paul-Claude Racamier
   

Déjà dans le numéro d'octobre (Carnet Psy, n°20), le Pr Serge Lebovici a rendu hommage à Paul-Claude Racamier, aussi bien en évoquant leur longue amitié qu'en retraçant le cheminement professionnel de Paul-Claude Racamier. Les 8 et 9 mars, le Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale a lui aussi rendu hommage à Paul-Claude Racamier, son cofondateur et président. Se sont joints à ces journées scientifiques des représentants de la SPP dont Paul-Claude Racamier fut le président pendant de nombreuses années, des membres et amis de la Société Lyonnaise de Psychanalyse, des collègues et amis du 13e, de l'hôpital de jour de la Velotte, de Suisse et d'Italie. Tous les intervenants de ce colloque nous ont fait partager l'intensité de leur amitié et de leur dette scientifique entre Paul-Claude Racamier.

Très tôt, Paul-Claude Racamier s'est intéressé aux soins des patients schizophrènes et de leurs familles mettant l'accent sur le combat paradoxal du schizophrène dont le délire témoignerait d'une tentative pour continuer à exister. Clinique et théorie sont indissociables chez Paul-Claude Racamier, toute avancée théorique cherche à se concrétiser dans des aménagements/interventions /inventions institutionnels.

Prémontrée, la maternalité, le rapprochement des enfants de leurs mères délirantes du post-partum, plus tard la descrïption de la relation incestuelle ira de pair avec la mise en place d'un dispositif anti-incestuel à l'hôpital de jour de la Velotte.

Nous essayerons de citer très brièvement les principaux concepts de Paul-Claude Racamier, piliers autour desquels se sont organisées les réflexions et interventions de nos collègues au cours de ces journées, en esquissant aussi bien le versant normal que pathologique.

    * La séduction narcissique, mouvement d'unisson indispensable à l'établissement du lien entre la mère et son enfant, ou alors séduction narcissique nouée, fermée, où le sujet ne peut advenir, où le tiers est exclu. Cette forme de séduction pathologique se rencontre rarement sans la perversion narcissique dont les ravages dans la psyché de l'autre, enfant ou adulte, sont bien connus. La perversion narcissique se situerait au carrefour où se rejoignent les psychoses et les perversions.
    * L'antoedipe désigne pour Paul-Claude Racamier ce qui existe comme courant, position voire structure précédant et accompagnant l'avènement du complexe d'Oedipe. C'est ce qui est avant et ce qui est contre, ce qui sous sa forme furieuse empêche le deuil originaire et fige le sujet dans une relation de séduction narcissique aliénante et fait barrage aux forces innées de croissance et de maturation. L'antoedipe furieux attaque la psyché comme la construction des fantasmes originaires auxquels se substituent des fantasmes (-non-fantasmes) d'autoengendrement. L'antoedipe tempéré, au contraire, sert de socle, de terreau au complexe d'Oedipe, assurant l'indispensable assise narcissique au sujet qui, ainsi, pourra renoncer à ses fantasmes d'omnipotence infantile sans trop grand risque d'effondrement et garder du fantasme (-non-fantasme) d'autoengendrement cette familiarité avec le monde et le sentiment de bien-être que procure la pensée d'être pour quelque chose dans sa propre existence. En ce sens, le concept d'antoedipe nous semble souligner l'importance et le rôle organisateur du complexe d'Oedipe tout en permettant une approche originale et une compréhension peut-être un peu différente de ce que l'on appelle souvent des fantasmes archaïques.
    * Enfin, séduction narcissique et antoedipe furieux signent la présence de la relation incestuelle, faite d'agirs et de secrets; d'équivalents d'inceste les plus surprenants, cachés et difficilement atteignables pour le clinicien non averti. Dans ce type de relation la psyché et/ou le corps de l'autre sont investis de manière particulière, sous le règne de l'emprise. La clinique de l'incestuel nous amène à explorer aussi bien le domaine de l'intrapsychique que celui de l'interpsychique ce qui a amené certains collègues à parler d'une troisième topique, celle de l'interne, de l'externe et de l'intermédiaire. Ces journées scientifiques nous ont fait apprécier la richesse et la pertinence de son oeuvre mais ont montré aussi la multitude des voies de recherches ouvertes par lui et par ses collègues.

Comment articuler plus finement les concepts forgés par Paul-Claude Racamier et la métapsychologie freudienne? Quelle place donner au concept d'Antoedipe dans le cadre de la cure analytique individuelle des patients névrosés? Comment comprendre plus précisément le concept de fantasme-non-fantasme, quels en sont les exemples cliniques ? Les concepts forgés par Paul-Claude Racamier à partir d'une clinique vivante et fine restent ouverts et c'est là peut-être un des lègues les plus précieux de Paul-Claude Racamier. Rien n'est clos dans sa pensée, tout y a une valeur esthétique et métaphorique qui permet d'entrer avec plaisir et intérêt dans son oeuvre, de la penser et d'en découvrir continuellement sa richesse et sa complexité.

Henryk Rybak
Gabrielle Rybak-Dietz

http://www.carnetpsy.com/Archives/Colloques/Items/p41.htm

 

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